Les Mots Bleus
ALAIN BASHUNGBercé dans sa jeunesse par la radio allemande, il va à compter de son retour dans la capitale de découverte en découverte et écoute les grands artistes français, de Brassens à Brel. En ce début des années 60, la révélation se situe du côté des américains et du rock'n'roll qu'Alain découvre avec passion. De Buddy Holly à Gene Vincent en passant par l'incontournable Elvis Presley, cette musique libre et révoltée le fascine. Peu porté sur les études, Alain monte en 1962 un groupe avec quelques copains, les Dunces. Mettant définitivement de côté une carrière de comptable qui se dessine laborieusement, il laisse tout tomber et quitte sa famille en 1963. Il a 16 ans et part avec son groupe chanter de bal en bal dans les hôtels et les restaurants de province. Parmi leurs lieux de tournée privilégiés, le groupe fréquente les bases américaines à défaut de pouvoir s'envoler pour la terre de rêve, les Etats-Unis.
De fil en aiguille, Alain Bashung (le c disparaît pour angliciser le nom) se retrouve arrangeur pour le label RCA. En 1966, à 19 ans, il enregistre ses premiers 45 tours : "Pourquoi rêvez-vous des Etats-Unis?", "T'es vieux t'es moche" ou "Petit garçon". Il démarre ainsi une longue période de succès timides et capricieux. Il sort plus d'une dizaine de 45 tours en quelques années, dont certains sous le pseudonyme de David Bergen. Il écrit également pour quelques vedettes éphémères de l'époque dont Noël Deschamps ("Ho la hey"). Mais, cette carrière ne lui convient guère. Sa maison de disques fait de lui un chanteur romantique, mi-rocker, mi-crooner. Les tournées sont nombreuses mais dépassent rarement le cadre des clubs obscurs ou des petites salles à moitié vides. Néanmoins, il traverse toutes les modes, toutes les expériences sans jamais cesser de s'accrocher. Il sait que la musique est la seule chose qu'il aime et la galère ne l'empêchera pas d'en faire sa vie.
En 1973, après un mois de service militaire, il rencontre le rocker français, ex-Chat Sauvage, Dick Rivers, dont il devient l'homme à tout faire, compositeur, musicien, etc. Il découvre ainsi de nombreuses autres facettes du métier.
Dès 1979, second acte avec "Roulette russe". Cette fois, l'angle rock est évident. L'ambiance est sombre, voire torturée et Bashung impose sa voix singulière. Quelques titres émergent du lot, "Bijou bijou" ou "Toujours sur la ligne blanche". Mais le déclic survient en 1980 lorsque sort "Gaby". Pour la première fois de sa carrière, Alain Bashung séduit un large public et le 45 tours se vend à un million d'exemplaires. L'album "Roulette russe" est gravé une nouvelle fois en incluant le titre par lequel le succès est arrivé et qui est aujourd'hui un titre culte du répertoire français.
L'essai est immédiatement transformé lorsque Bashung sort l'album résolument rock, "Pizza", en 1981. Enregistré à Londres, le disque est très attendu par l'ensemble de la critique et du public, toujours curieux de vérifier les effets d'un premier succès foudroyant. C'est chose faite avec le titre "Vertige de l'amour" qui installe le chanteur aux sommets des charts devant les plus gros noms anglo-saxons. Bashung entame une tournée du 1er mai au 27 juin. Bien que doté depuis longtemps d'une solide expérience de la scène, il attaque désormais un réseau de salles plus prestigieux, à commencer par l'Olympia le 3 juin devant 2500 personnes. Il reçoit le Bus d'acier, récompense décernée par la presse rock et devient une tête d'affiche incontestée.
L'année suivante, qui voit la naissance d'un petit Arthur, Bashung père effectue un de ces virages musicaux dont il a le secret, et que certains qualifient de professionnellement suicidaires. Avec "Figure imposée", il déconcerte encore plus le public. Les textes sont plus que jamais abscons et les points de repère musicaux confus. Seul le titre "Whats' in a bird" sort du lot. Cependant, fort d'un public fidèle, Bashung passe ce cap sans problème.
Dès 85, il effectue un virage dans l'autre sens et sort coup sur coup deux titres qui marchent très fort : "SOS Amor", puis "Touche pas à mon pote" créé au profit de l'association anti-raciste, SOS Racisme. Du 14 mars au 27 avril, il sillonne les routes de France pour une tournée très réussie. Sur scène, Bashung impressionne le public par les atmosphères ténébreuses de ses spectacles. Une certaine fascination s'installe même entre l'artiste et son public. Le 15 juin, il participe avec d'autres artistes francophones à une grande fête musicale organisée par SOS Racisme place de la Concorde à Paris. Puis en novembre, quelques mois après la fin de la tournée, un album live en résume les moments forts.
Toujours accompagné de Boris Bergman pour les textes, Bashung sort un nouvel album en 1987, "Passé le Rio Grande". Son appétit et sa liberté de création semblent désormais sans limite. En dépit de deux extraits qui séduisent le public, la critique boude ce cinquième disque. Mais au printemps 86, Alain Bashung reçoit la Victoire de la Musique du meilleur album, décernée par l'ensemble de la profession. Il retrouve les scènes françaises et canadiennes tout au long de l'année 87.
En 1992, Bashung reprend un autre standard, mais français cette fois, "Les Mots bleus" du chanteur Christophe. Le titre est exclusivement présent sur une compilation enregistrée au profit de la lutte contre le sida, projet mis en place par Etienne Daho.
Fin 94, le chanteur devient un temps comédien, et s'envole pour la Chine où il tourne "Ma sœur chinoise" d'Alain Mazars. Depuis 1983, Bashung se consacre régulièrement à cette deuxième carrière. Ses compositions, souvent difficiles, sont en général, saluées par la critique.
C'est fin 97 que Alain Bashung réapparaît aux yeux du public avec un simple, "La nuit je mens", annonciateur d'un album qui sort dans les tout premiers jours de 1998, "Fantaisie militaire". Essentiellement écrit avec Jean Fauque, cet album intime et bouleversant offre des titres co-signés avec Rodolphe Burger (de Kat Onoma), les Valentins et Jean-Marc Lederman (de Front 242). Lourdement empreint de blessures amoureuses, les textes de l'artiste cinquantenaire expriment plus clairement et plus sereinement que dans le passé certaines douleurs, mais sans laisser de côté son très personnel sens de la dérision. Il est récompensé en février 99 par trois Victoires de la Musique : celle du meilleur album pour "Fantaisie militaire", celle du meilleur clip pour "la Nuit je mens" réalisé par le cinéaste Jacques Audiard et celle de l'interprète masculin de l'année.
Après quatre ans d'absence, il renoue avec la scène le 2 juin 1999, profitant du concert au Bataclan de Rodolphe Burger. En mars 2000, il est à nouveau récompensé aux Victoires de la musique pour la bande originale de "Ma petite entreprise" de Pierre Jolivet.
Le 9 octobre 2003, Alain Bashung donne à Bruxelles son premier concert depuis huit ans. C’est le point de départ de la ‘Tournée des grands espaces’ qui passe en 2004 par la France, la Suisse, la Belgique et le Canada. Les concerts, très rock, très travaillés, sont visuellement sophistiqués, mis en images sur deux écrans vidéos géants par l’artiste Dominique Gonzales-Foerster. Ils se terminent invariablement par un duo avec son épouse, Chloé Mons, partie prenante de cette renaissance scénique.
Artiste singulier, Alain Bashung a envahi le paysage musical avec désinvolture et un doigt d'ironie. Il décline le rock à sa manière et sa démarche artistique ne craint pas les prises de risque, ni musicales, ni littéraires. Son parcours est inhabituel et son acharnement à écrire, chanter et jouer, succès ou non, force l'admiration.
(Jean-Michel Jarre / Christophe - 1974)
Dans le square les fleurs poétisent
Une fille va sortir de la mairie
Comme chaque soir je l'attend, elle me sourit
Il faudrait que je lui parleà tout prix
Je lui dirai les mots bleus
Les mots qu'on dit avec les yeux
Parler me semble ridicule
Je m'élance et puis je recule
Devant une phrase inutile
Qui briserait l'instant fragile
D'une rencontre
D'une rencontre
Je lui dirai les mots bleus
Ceux qui rendent les gens heureux
Je l'appellerai sans la nommer
Je suis peut-être démodé
Le vent d'hiver souffle en avril
J'aime le silence immobile
D'une rencontre
D'une rencontre
Il n'y a plus d'horloge, plus de clocher
Dans le square les arbres sont couchés
Je reviens par le train de nuit
Sur le quai je la vois qui me sourit
Il faudra bien qu'elle comprenne à tout prix
Je lui dirai les mots bleus
Les mots qu'on dit avec les yeux
Toutes les excuses que l'on donne
Sont comme les baisers qui s'envolent
Il reste une rancoeur subtile
Qui gâcherait l'instant fragile
De nos retrouvailles
De nos retrouvailles
Je lui dirai les mots bleus
Ceux qui rendent les gens heureux
Une histoire d'amour sans paroles
N'a plus besoin du protocole
Et tous les longs discours futiles
Terniraient quelque peu le style
De nos retrouvailles
De nos retrouvailles
Je lui dirai les mots bleus
Ceux qui rendent les gens heureux
Je lui dirai les mots bleus
Ceux qui rendent les gens heureux
Tous les mots bleus
Tous les mots bleus