QUEEN

Publié le par Introl


Chapitre I : EN ATTENDANT QUEEN

Après diverses expériences musicales formatrices, deux adolescents britanniques encore étudiants se rencontrent à la fin des années soixante, alors que le « Swinging London » brille de ses derniers feux. Brian May, guitariste, et Roger Taylor, batteur, vont former ensemble l'éphémère « Smile ». Les concerts se multiplient et un certain nombre de fans commence à suivre le groupe. Parmi eux, un personnage haut en couleur rêve de devenir leur chanteur : un certain Freddie, qui ne se fait pas encore appeler Mercury...


Brian harold May naît le samedi 19 juillet 1947 à Hampton, non loin de Londres.


Son père est ingénieur en électronique et dessinateur en chef au musée de l'air. Il est aussi bricoleur et musicien (piano et ukulélé), ce qui aura une grande importance dans la carrière de Brian. Celui-ci commence donc tout naturellement la musique par le ukulélé, puis se fait offrir une guitare espagnole pour ses sept ans et commence à apprendre en autodidacte. Comme il est bricoleur et que cette guitare ne lui convient pas, il la modifie, puis construit ses propres micros pour l'électrifier... Il écoute tous les disques qu'il peut se procurer, analysant les chansons à fond. Structure, harmonie, il veut tout savoir. Mais bientôt, sa petite guitare bricolée commence à le limiter sérieusement.

Malheureusement, la famille May n'a pas les moyens de lui offrir la Fender Stratocaster dont il rêve. Qu'à cela ne tienne : il décide de construire avec l'aide de son père l'instrument idéal. En août 1963, le travail commence. Le manche provient d'une poutre de cheminée, la caisse d'un morceau de chêne, la décoration du manche de boutons récupérés dans la boîte à couture de Mme May. Le trémolo, constitué d'une pièce de métal découpée à la main, repose sur des ressorts de soupapes de moto... Et évidemment les micros sont de fabrication maison. La réalisation prendra 18 mois de travail acharné et donnera naissance à un instrument aujourd'hui devenu mythique : la « Red Special », qui aura coûté, tout compris, 18 livres sterling ! Cette guitare suivra Brian toute sa carrière et, que cela soit en studio ou sur scène, il n'en utilisera que rarement une autre.

Cela ne sera évidemment pas sans influence sur l'originalité de son jeu et de sa sonorité si particulière. Beaucoup plus tard, il jouera avec une de ses idoles d'enfance, Hank Marvin le guitariste des Shadows, qui après avoir essayé la Red Special déclarera : « J'ai trouvé la guitare de Brian très difficile à jouer. Il utilise des cordes très souples, plus le fait qu'elle soit construite de cette façon réellement inhabituelle... Je ne pouvais pas la contrôler, elle m'échappait. C'est un instrument absolument fascinant ! »
Enfin il faut mentionner que dès 1964, Brian, insatisfait des médiators du commerce, adopte définitivement l'utilisation d'une pièce d'un penny pour attaquer les cordes.

Il commence alors à jouer avec son copain d'école, Dave Dilloway. Les garçons s'initient au re-recording à l'aide de deux magnétophones. Très rapidement ils décident de former un groupe : Brian à la guitare, Dave à la basse, et un autre copain d'école, John Garnham, à la guitare. Ce dernier a l'avantage de posséder son propre matériel : guitares, amplis, micros, et d'avoir déjà une expérience de scène. Les batteurs sont difficiles à dénicher, une petite annonce est donc passée dans un magasin de musique; Richard Thompson est le seul à répondre, il est donc engagé ! Ils découvrent Tim Staffell, chanteur et harmoniciste, lors d'un concert de son groupe, et le débauchent. Le groupe au complet se baptise « 1984 », d'après le livre d'Orwell. Le tout premier concert aura lieu au St Mary's Church Hall à Twickenham, le 28 octobre 1964...

Durant les années suivantes, 1984 donne nombre de petits concerts et de premières parties, dont la plus important ne sera autre que celle d'un certain Jimi Hendrix, alors à l'orée de son succès, le 13 mai 1967 à l'Imperial College. Quelques jours plus tard, 1984 est contacté par un promoteur pour figurer au « Christmas on Earth », qui a lieu à l'Olympia de Londres le 23 décembre. L'affiche comprend Jimi Hendrix, Pink Floyd, Traffic, Herd et T-Rex. Ce sera l'apothéose du groupe, mais aussi son chant du cygne. Des divergences musicales et un manque évident d'envergure auront raison de 1984. Brian, qui avait continué en parrallèle des études scientifiques, se voit proposer des postes dans les meilleurs laboratoires d'Angleterre, mais il refuse. Il n'a qu'une envie : reformer un groupe, avec Tim. Ils passent alors une petite annonce : « Cherche batteur dans le style Ginger Baker / Mitch mitchell ».


Roger Meddows Taylor naît le mardi 26 juillet 1949 à King's Lynn, 
dans le Norfolk, en Angleterre. 

Et sera le premier, 18 ans plus tard, à répondre à la petite annonce de Brian et Tim.
Il reçoit une longue lettre de Brian lui expliquant exactement le type de batteur recherché. Une première rencontre a rapidement lieu et ils essaient quelques morceaux. Roger leur apparaît très professionnel, et une première vraie répétition a lieu quelques jours plus tard à l'Imperial College. Le courant passe immédiatement, Roger faisant très forte impression à Brian, qui n'avait jamais vu auparavant un batteur accorder ses toms ! Le groupe décide de s'appeler « Smile », un nom simple et efficace. Tim dessine un logo, qui n'est pas sans rappeler celui qu'adopteront les Rolling Stones plusieurs années plus tard.

Leur premier concert a lieu le 26 octobre 1968 à l'Imperial College, en première partie de Pink Floyd. Ils se définissent comme un groupe de « progressive rock », étirant leurs morceaux (souvent des reprises) jusqu'à vingt minutes, variant sans cesse les tempos et les atmosphères au cours du même morceau. Jouant très souvent à l'Imperial College, ils se voient affublés du surnom d'Imperial College Band. Après un concert au Royal Albert Hall, Smile aura enfin les honneurs de la presse, étant mentionné comme « Le groupe le plus bruyant du monde occidental ».

C'est à cette époque qu'ils font connaissance avec un personnage étonnant.


Farookh Bulsara naît le jeudi 5 septembre 1946 à Zanzibar, une île aujourd'hui ratachée à la Tanzanie, de parents anglais d'origine perse, fonctionnaires du gouvernement britannique.

A l'âge de huit ans, Farookh est envoyé en Inde, près de Bombay, pour y poursuivre ses études. C'est là qu'il commence à se faire appeler Freddie. Bon élève, il montre surtout de bonne dispositions pour les matières artistiques : le dessin et la musique. Le directeur du collège, ayant remarqué son don pour cette dernière, écrit aux parents Bulsara pour proposer que Freddie prenne des leçons de piano. Il les poursuivra quatre années, atteignant un excellent niveau de jeu qui lui permettra de former son premier groupe, « The Hectics » (les agités), dans lequel il est un pianiste très discret, comme le rapporte un ami d'enfance : « Aussi étonannt que cela puisse paraître, Freddie était très content de rester en retrait. En fait, il n'avait aucune nature de leader, ni de showman. Ce fut une surprise d'autant plus grande pour moi de découvrir Freddie Mercury quelques années plus tard sur scène ! ». Le groupe se produit dans toutes les fêtes et soirées de l'école, jouant surtout du boogie-woogie et du rock'n roll, les idoles de Freddie étant alors Elvis Presley, Cliff Richards, Fats Domino, Little Richard et Jerry Lee Lewis...

En 1963, un an après l'obtention de son diplôme, Freddie et sa famille quittent la Zanzibar comme de nombreux anglais, suite à l'indépendance de l'île, pour retourner vivre en Angleterre. Freddie décide de retourner au college, pour obtenir un « A Level » en art et ainsi pouvoir s'inscrire dans une Art School, chose faite en septembre 1966. Il quitte alors sa famille pour s'installer dans un petit appartement à Kensington, haut lieu branché des sixties londoniennes. Au collège de Ealing où il étudie, il fait la connaissance d'un certain Tim Staffell. Avec ce dernier et un troisième larron, il s'amuse à chanter des harmonies à trois voix (déjà !). Et c'est tout naturellement qu'un beau jour Tim emmène Freddie à une répétition de son groupe, Smile...

Freddie s'entend immédiatement avec les deux autres, admire leur son et le jeu de guitare de Brian, et devient un habitué des concerts et répétitions du groupe. Tout naturellement, l'idée de faire de nouveau partie d'un groupe commence à travailler Freddie. Cette année-là, il quitte le Ealing College avec un diplôme d'art graphique et de design, s'achète une guitare d'occasion et commence à écrire ses propres chansons. Au cours de l'été, il rencontre un groupe venu de Liverpool : Ibex. Aucun membre n'est un vrai chanteur, alors ils auditionnent Freddie : « Il avait une très bonne voix, avec une étendue impressionnante, mais il ne savait pas vraiment s'en servir ». Le groupe l'engage, gagnant ainsi une dimension supplémentaire et commence à assurer quelques gigs.

Quelques temps auparavant, le 19 avril, après un concert au Revolution Club de Londres, le groupe rencontre un producteur, Lou Reizner qui, impressionné leur propose un contrat avec la maison de disques Mercury (rien à voir avec Freddie, qui s'appelle encore Bulsara). En juin le groupe enregistre aux studios Trident de Londres deux titres. Un 45 tours est édité en août et fait un flop total. Smile retourne en studio et enregistre d'autres titres en vue d'un album qui ne verra jamais le jour.

La décennie se termine dans l'amertume et rapidement, au cours du printemps 1970, Tim Staffell quitte le groupe, mettant fin à l'existence de Smile, et ratant donc le coche d'une des plus phénoménales carrières vues dans le monde du rock. Un mauvais choix en ce qui le concerne, mais qui va permettre la naissance de Queen...


 


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Publié dans La Saga Queen

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