CHAPITRE II : Naissance d’une reine

Publié le par Introl


Suite au départ de Tim, Mercury (la maison de disques, toujours) ne prolonge pas le contrat de Smile, qui ne prévoyait de toutes façons que la réalisation d’un 45 tours. Le groupe n’existe plus, mais Brian et Roger sont décidés à continuer et se concertent sur l’avenir. Freddie joue un grand rôle dans ces discussions.

Tout d’abord, il est maintenant très proche de Roger, car ils ont ouvert ensemble une échoppe sur le Kensington Market dans une allée baptisée « Death Row », surtout réservée aux antiquaires. Le but étant de gagner un peu d’argent en faisant quelque chose d’agréable, car aucun de leurs groupes respectifs ne leur permet de vivre. Ils commencent par vendre des tableaux et des dessins fournis par les amis de Freddie, artistes ou ex-étudiants en art, mais devant le peu de succès rencontré ils se convertissent dans la sape mode, genre vieux habits victoriens, vestes de velours, dentelles et colliers de perles.

Depuis la fin 69, ils partagent un appartement à Barnes avec une multitude d’amis, Tim, et divers membres de Ibex. Une sorte de vie collective sans le sou, mais pleine de chaleur humaine. Mike Smith : « Presque tous les matins, Freddie se levait le premier. Il prenait sa Fender Telecaster blanche et parcourait la maison pleine de corps endormis en chantant « Tommy » des Who. Il en connaissait les paroles et tous les accords par cœur. C’était une sorte de rituel. »

C’est à cette époque et dans cet appartement que bon nombre de morceaux qui feront surface quelques années plus tard dans le répertoire de Queen seront ébauchés. Avec son groupe, il reprend de nombreux classiques, comme « Jailhouse Rock » qui ouvre leur show, et développe une gestuelle scénique très vamp, qui embarrasse quelque peu les autres membres du groupe : « Nous lui criions ‘par pitié Freddie, tiens-toi tranquille’. Il courait dans tous les sens, il en faisait des tonnes avec une telle énergie… Personne ne faisait ça à l’époque ! »

Au cours d’un concert catastrophique pour des raisons de matériel défectueux, Freddie se bat avec un pied de micro dont le socle est trop lourd pour le suivre dans son jeu de scène. Il finit par l’arracher totalement et se retrouve avec seulement la partie supérieure du pied en mains. Il vient d’inventer le « micro-canne », qui restera une de ses particularités scéniques tout au long de sa carrière.

Après un essai de vie à Liverpool, Ibex se sépare. Mike Bersin et Freddie reviennent à Londres en septembre 1969. Pendant deux mois, Freddie officie comme chanteur du groupe « Sour Milk Sea », qui dépose à son tour les armes début 70. Mais sa détermination n’est pas entamée, et il monte alors sa propre formation, « Wreckage » (les débris, punks avant l’heure), avec Mike Bersin et Tupp Taylor de Ibex, et Richard Thompson (ex-1984) à la batterie. Le groupe fera quelques concerts au Ealing College, à l’Imperial College, et dans les clubs, jouant fréquemment devant un public acquis qui comprend les membres de Smile, ainsi qu’une bonne partie de la clique de Kensington. Mais tout cela est loin de satisfaire l’appétit de Freddie, qui voit plus grand et veut absolument atteindre la gloire, VITE ! Il dissout le groupe en mars, car il a un autre projet en tête.

Tout au long de la carrière scénique de Smile, Freddie n’a jamais ménagé ses critiques à l’égard des trois musiciens. Il leur répète sans cesse qu’ils sont bons, mais qu’il faudrait qu’ils dégagent beaucoup plus visuellement, et leur donne moult conseils, commençant généralement ses phrases par « Pourquoi perdez vous votre temps à faire ça ? Vous devriez faire plus de chansons originales et être plus démonstratifs sur scène », et les finissant régulièrement par « Si j’étais votre chanteur, voilà ce que je ferais… » Il bouillonne littéralement, et l’idée que les trois amis rescapés de diverses expériences doivent unir leurs efforts est dans l’air depuis un bout de temps. « Smile s’est complètement cassé la figure et nous avons abandonné. Freddie fut la force vitale qui nous permit de nous y remettre. Il nous a dit que nous pouvions y arriver, mais qu’il ne voulait pas faire de concerts inutiles où personne n’écoute, qu’il fallait répéter dur et monter un spectacle digne de ce nom, il insistait beaucoup là-dessus. Nous sommes repartis en reprenant quelques chansons de Smile, quelques unes de Wreckage comme ce qui donnera par la suite « Liar », et nous avons travaillé, répétant quatre soirs par semaine » se souvient Brian. Freddie a tout planifié, même le nom du groupe : Queen ! Rien que ça… « C’est juste un nom, vraiment royal évidemment, et qui sonne magnifiquement. C’est fort, universel et immédiat. Avec un grand potentiel visuel et ouvert à toutes sortes d’interprétations. J’étais bien sûr conscient de sa connotation homosexuelle, mais c’est juste un des aspects » dira Freddie des années plus tard. Roger et Brian sont au départ plus réservés. Roger pensait appeler le groupe « The Rich Kids »… Mais, amusés, séduits par le risque et la provocation, et prêts à tenter le coup, ils laissent faire.

L’idée est de combiner un rock puissant avec des effets théâtraux appuyés pour sortir du lot : la puissance de Led Zeppelin alliée à un potentiel pop, plus un côté visuel « glam » outrageux. Le mélange fera bientôt recette en Angleterre, avec l’émergence de groupes comme T-Rex, Slade, Sweet ou plus tard David Bowie et Roxy Music. Mais en 1970, on n’en est pas encore là. Le rock est assez macho, jeans et « naturel » sont l’apanage de tous les groupes à succès comme Deep Purple, Free ou Black Sabbath. L’image bisexuelle, paillettes et maniérisme ne sont pas encore à l’ordre du jour. Le pari est de taille !

En avril 1970, Queen est né, ou presque. Il ne leur reste plus qu’à trouver un bassiste. Roger rappelle alors à la rescousse Mike Grose, qui fait le trajet de Truro pour rejoindre le groupe. Il possède un ampli Marshall et un camion : plus qu’il n’en faut pour devenir le premier bassiste de Queen. Grâce à Brian, ils disposent gratuitement d’une salle à l’Imperial College pour répéter. Brian et Freddie commencent à écrire leurs premières chansons. Mike : « Des chansons comme ‘Seven Seas of Rhye’, et ‘Keep Yourself Alive’ émergeaient déjà. En fait, presque toutes les chansons qui constitueront plus tard le premier album datent de cette époque. » C’est aussi vers cette époque que Freddie décide de changer de nom. Bulsara, c’est sympa mais peu approprié pour la gloire planétaire qu’il ambitionne (à juste titre). Il choisit donc Mercury (Mercure est le messager des dieux), en toute simplicité.

Adieu Farookh, adieu Bulsara, voici Freddie Mercury !



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Publié dans La Saga Queen

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