Garde à vue

Publié le par Introl

Mercredi dernier, 6h du matin.
On frappe à la porte. Je me lève, à moitié dans les vappes, et jette un oeil dans le judas. Ma première pensée, tout frais tiré du lit, est "waouh, ils sont en avance pour leur calendrier les pompiers !".
Mais lorsque j'ouvre la porte jeme rends compte que ce ne sont pas des soldats du feu, mais des gendarmes. Et ils sont un paquet avec ça (6 ou 7). "Bonjour monsieur. Vous êtes placé en garde à vue pour actes de violences volontaires".

Là, une fois passée la première phase d'incompréhension, on ne comprend toujours pas et on se demande même l'espace d'un instant où est la caméra. Mais il n'y en a aucune, et voilà l'officier commencer à me lire mes droits. J'ai l'impression de nager en pleine science fiction, mais reste malgré tout assez serein. Les mots "violences volontaires" sont si incompatibles avec moi qu'il ne peut s'agir d'autre chose qu'une erreur.

Une perquisition commence, et tout le matériel photo / Vidéo / Informatique (autant dire un paquet de choses) est saisi, ainsi que quelques vêtements. Après une petite heure de fouille, le gradé m'explique que l'on va maintenant s'en aller faire un petit tour à Laon, à 160 bornes d'ici... Je demande si je peux prendre une douche, ce qu'il m'accorde avec un air de surprise ("c'est pas tous les jours que quelqu'un me demande ça"). Après avoir passé mon coup de fil autorisé (oui oui, comme dans les films) pour prévenir que je ne pourrais pas travailler sur la session d'enregistrement de 1 contre 100 du jour, et peut-être pas non plus sur la Nouvelle Star du lendemain, je prends place à bord d'une voiture bleu marine en compagnie de 3 gendarmes. Après quelques difficultés pour s'extraire de la place de stationnement (fallait pas venir un jour de marché !), on se retrouve sur la route. Pendant le trajet nous discutons de tout et de rien, même si je sais bien que quelques questions sont orientées et que les réponses ont une importance pour mes compagnons de voyage. Y passent en vrac mon boulot, mes loisirs, mes vacances...

Vers 11h du matin nous arrivons à Laon, préfecture de l'AISNE, 30.000 habitants. J'aurais bien été incapable de placer cette ville sur une carte... On me conduit dans un bureau, m'offre un café (tiens, ça c'est plutôt bon signe) et l'audition commence, par une longue et fastidieuse partie Etat-Civil. On me fait savoir que l'avocat de permanence que j'ai demandé est arrivé, et on m'informe alors des chefs d'accusation qui pèsent à mon encontre : Violence aggravée avec ITT de 8 jours, violence avec armes de de destination, vol aggravé et déterioration de bien d'autrui. L'affaire en elle même est toujours en cours d'instruction, je ne m'étendrai donc pas sur le sujet. Pour faire vite, une bande d'individus en a agressé une autre sur une aire de repos d'autoroute. Les agresseurs ont pris une photo de leurs trophées, photo qui a été publiée sur internet le soir même, avec les visages des auteurs floutés. Je suis l'un des principaux suspects car la personne ayant envoyé la photo sur internet l'a fait sur un forum sous lequel elle est enregistrée avec une adresse mail ayant été ouverte à mon nom et mon adresse.

Effectivement, il y a de cela 8 ans, j'appartenais à une association et avait créé son site internet. J'avais à cet effet ouvert un compte sur Free, qui offrait un espace de stockage gratuit. Deux ans plus tard, j'ai quitté l'association, non sans avoir passé la main à un nouveau webmaster. Sans me douter une seule seconde que l'adresse mail associée à l'espace de stockage existait (je n'utilisais que ce dernier), et qu'elle était à mon nom et adresse. Je n'ai en outre plus eu aucun contact avec un membre de l'association depuis plus de 4 ans.

Bref, pour faire court, les gendarmes ont bien vite compris que je n'avais rien à voir dans l'histoire et ont demandé à la juge ayant lancé la commission rogatoire de me libérer dans la soirée. Mais hélas, celle-ci a voulu d'abord s'assurer que l'analyse de mon ordinateur ne donnait rien. Je devais donc passer la nuit en "chambre", une pièce de 2 mètres sur 3 aux murs blancs, sale et puante, avec une simple banquette scellée dans le mur. Une cellule de garde à vue quoi.

La nuit a été longue et inconfortable, vous vous en doutez, et à 9h on vient enfin me chercher. Mais je ne suis pas encore libre, l'analyse des disques durs n'ayant pas eu lieu durant la nuit les techniciens s'y sont mis au petit matin. On m'offre donc un café et je reste à rien faire toute la matinée dans un bureau, à me tourner les pouces et regarder les mouches voler.

Vers midi, tout se précipite, l'un des suspects interpellés en même temps que moi a avoué et m'a du même coup disculpé. Dans la foulée la juge signe ma remise en liberté. Mais il reste encore de longues et pénibles démarches administratives à régler avant que je ne sois enfin raccompagné à la gare de Laon vers 18h, après quelques 36h de garde à vue.

Mon matériel informatique, lui, est toujours sur place pour analyse, car du coup il n'est plus du tout apparu comme prioritaire, et je ne pourrais pas le récupérer avant le week-end prochain. J'en suis donc réduit à rédiger ce billet d'un cyber café. Cette belle histoire de fous m'aura en outre fait rater deux journées importantes de boulot, ce qui est toujours sympa lorsque l'on est intermittent... Et la fatigue, tant physique que nerveuse, a laissé des traces, j'aurais mis quelques jours avant de récupérer.

Moralité : faites bien attention, internet est une vraie jungle certes, mais on n'y reste jamais totalement invisible, et des actions à priori anodines peuvent se révéler bien fâcheuses, même de nombreuses années plus tard !

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Publié dans Vivre

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F
je suis d'accord avec dom
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D
Moi, je dis, il était temps que la justice s'intéresse aux exactions du dénommé Intro.<br /> Vive la police et notre cher président bien-aimé et sus aux infidèles!
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K
eh ben, le genre de truc auquel on ne pense pas que ca puisse nous arriver. Bravo pour ton courage et ton sang froid et j'espere que ce mauvais souvenir sera vite oublié.<br /> <br /> Keep the faith
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C
je suis en train de finir de lire et j'en reviens pas ???? Un truc de fou !! On dirait le scénario d'un film !! J'espère que tu seras dédommagé pour tout et que tu récupèreras ton matériel intact.<br /> <br /> bisous à bientôt et plein de courage<br /> Ninou
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A
Comme quoi tant qu'on ne le touche pas de près, on n'y croit pas "vraiment" au "faut faire attention, on laisse des traces partout sur le Net".<br /> <br /> Je n'y connais rien, mais j'espere que tu auras droit à une indemnisation pour tes deux jours de boulot perdus...<br />
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