Varanasi - Day 2 ("No Boat, No Silk")

Publié le par Katy

Après avoir posé nos sacs dans la chambre et enfilé des vêtements secs, nous suivons les conseils d’Om et allons admirer la vue sur le Gange depuis le toit de la guest house, notre premier aperçu du fleuve sacré depuis que nous sommes en Inde… Et là, waou ! L’électricité étant coupée dans toute la ville, on ne peut que deviner les contours du large ruban gris qui serpente, lentement et sans un bruit, parmi les brumes de la nuit. La rive opposée, vierge de toute construction hormis le Ramnagar Palace au loin, se détache sur le ciel de nuages bas qui ne laissent malheureusement pas voir les étoiles. Vision mystique et très impressionnante de « Ganga River »…    

Nous réglons le réveil sur 4h00 le lendemain matin pour pouvoir assister au lever du soleil et aux ablutions sur les ghâts. Après une courte, mais bonne, nuit de sommeil, nous nous dirigeons vers les rives du Gange. Malheureusement, en raison de la mousson, le niveau du fleuve est élevé et les escaliers les plus proches de la guesthouse ont les « pieds » complètement dans l’eau. Si nous voulons rejoindre les ghâts centraux, plus au nord, nous n’avons d’autre choix que de nous aventurer dans les ruelles sombres du Chowk. Las d’y tourner en rond, nous rejoignons la grande rue principale et nous trouvons confrontés à une longue file d’Indiens habillés entièrement en orange. Nous avions croisés la veille, lors du trajet en taxi, un nombre incalculable de ces « Oranges » marchant le long des routes en processions de 15 à 20 hommes, chantant et se relayant pour porter de grosses tiges de bambous équipées de petits pots en terre et décorées de façon kitschissime (guirlandes de noël oranges, serpents en plastique…). Nous apprendrons plus tard que ce sont des pèlerins, adorateurs de Shiva (d’où la couleur orange et les serpents), qui vont chercher de l’eau du fleuve sacré pour la ramener dans leur village et chercher la « bénédiction » de leur dieu au Temple d’Or (Vishvanath Temple) de Varanasi. Nous sommes en fait arrivés le jour des festivités du « Shiva’s day », qui attire des pèlerins de toute la région. La file des « Oranges » dans la rue principale est compacte et s’étend sur une bande de 2 mètres de large et de plus de 2 km de long. Ils s’encouragent de « Bol Bam ! » (hommage à Shiva) repris en chœur. Le quartier est sous haute surveillance policière et l’accès à la ruelle qui mène au temple est strictement contrôlé, un tel rassemblement d’hindous pourrait en effet donner de mauvaises idées aux groupes terroristes musulmans officiant dans le pays [nb : les hindous aussi ont leurs terroristes et nous avons eu quelques exemples de « l’amour » que certains hindous ont pour les musulmans]. C’est en arrivant au niveau de cette ruelle que nous nous rendons compte que la file que nous remontions depuis 10 minutes ne conduit pas du tout vers les ghâts et que nous avons en fait raté la bifurcation vers le Main Ghât, sans doute cachée derrière le rideau orange…. La pluie tombant assez dru depuis le début de notre balade, nous sommes trempés et décidons de rebrousser chemin pour rentrer à la guesthouse terminer notre nuit. De toutes façons, le soleil est resté caché derrière les nuages mais le jour est maintenant bien levé. Tant pis, les ghâts à l’aube ce sera pour demain matin !

L’après-midi, profitant d’une accalmie mais avec les ponchos en poche au cas où, nous nous lançons dans l’exploration des ghâts et des ruelles vers le sud. Nous découvrons les « spécialités » de chaque ghât en voyant se succéder : les troupeaux de buffles qui se baignent sous l’œil du berger, les chèvres qui escaladent les pentes les plus abruptes, les fils à linge (vides en raison de la pluie), les barques des pêcheurs (« Boat, sir ? » « No. » « Boat, M’dam ? » « No, toujours pas… ». Et cela tous les 2 mètres…) et les excréments sur des ghâts « toilettes publiques ». Le niveau du fleuve nous oblige à de fréquents allers-retours entre le rivage et les ruelles le surplombant, et pas un seul ascenseur ou escalator tout le long du trajet ! Pas mal de sollicitations, ceux qui ne nous proposent pas une balade en bateau (avec eux c’est « Best time for boat ! » quelle que soit l’heure de la journée, c’est pratique) essaient de nous amener dans leur magasin de soie, celle de leur oncle ou de leur cousin, mais nous déclinons poliment leurs offres. Nous passons devant le Harishchandra, plus ancien ghât de crémation de la ville, qui est équipé d’un incinérateur électrique pour les personnes ne pouvant pas se payer un bûcher. Nous pouvons aussi observer 3 crémations « classiques » qui touchent à leur fin. Nous sommes surpris par la taille des bûchers, que nous imaginions plus grands. Premier contact avec la mort à Varanasi, dans le calme de ce petit ghât, qui dédramatise la situation.

Nous décidons de faire le chemin du retour vers la guesthouse pas le dédale de petites rues du Chowk, qui a su nous séduire (l’absence de rickshaws, de boutiques à touristes et de sollicitations n’y étant sûrement pas étrangère). La pluie ayant repris, nous enfilons nos ignobles ponchos vert bouteille en plastique avec lesquels nous faisons sensation auprès des habitants du quartiers. Ils trouvent ça très drôle (et ils ont raison) et les enfants qui nous croisent ont l’étrange manie d’en effleurer les pans de la main, comme pour dire aux copains « J’ai touché les étrangers. » (ou peut-être « J’ai touché les 2 blancs bizarres avec des capes ridicules. »). En passant à côté d’un terrain (vague et boueux) de cricket, enclavé entre des temples hindous et une mosquée, de jeunes lycéens nous interpellent et papotent fièrement en anglais pendant quelques minutes. Ambiance très sympa dans tout le quartier, nous aurions pu y passer l’après-midi si le temps s’était montré plus clément et si nous n’avions pas prévu de nous rendre sur le Main Ghât pour assister à la cérémonie de la puja au coucher du soleil.

Pour être sûrs d’avoir un bon point de vue, nous prenons place 2 heures à l’avance et observons la vie sur le ghât. Entre deux propositions « Boat, sir ? » à la minute, nous voyons : les croyants faire leurs ablutions, leurs prières et leurs offrandes au fleuve ; les wallas qui leur vendent les « kits » d’offrande ; ceux qui s’occupent du vestiaire pour garder leurs vêtements secs de rechange ; la foule – dont un bon nombre de touristes – prendre position ; certains fidèles massés autour d’un gourou qui leur fait la leçon ; et enfin les prêtres qui mettent en place tout leur matériel (et il y en a !) pour la puja. Finalement, à 19h, le ghât est plein comme un œuf, la nuit est tombée et la cérémonie commence. Les prêtres font aligner 5 personnes le long du rivage et les guident tout le long du rituel (offrandes diverses au fleuve, peintures sur le front, encens, bougies représentant le feu, prières…). Ensuite, les prêtres prennent place chacun sur leur estrade, face au Gange, et reproduisent à peu près le même rituel, avec quelques éléments en plus (dont une conque et ce qui nous ressemble, pour nous pauvres mécréants ignorants que nous sommes, à une sorte de balai en poil de chèvre angora). Sans les explications, le sens de tout cela est assez obscur et, après avoir savouré l’ambiance mystique qui règne sur le ghât, nous commençons à trouver le temps long (ça a duré 1 heure au total + nos 2 heures d’attente) et ne sommes plus très réceptifs à la « magie » de la cérémonie, surtout qu’il a recommencé à pleuvoir. Nous attendons quand même la fin puis rentrons à la guesthouse et réglons à nouveau le réveil à 4h du mat’.

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Publié dans Inde 2007

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